Lors du CSE ordinaire de juillet, les élus, consultés sur le projet de croissance externe du fonds de commerce de DAHER ME3S, ont adopté à l’unanimité l’avis suivant :
« Consulté sur le Projet de croissance externe concernant le fonds de commerce de la société Daher ME, au regard des informations transmises par la direction et après lecture du rapport Sextant, le CSE émet l’avis motivé suivant.
Dans l’objectif de pouvoir conserver le référencement Airbus à venir, les élus reconnaissent la nécessité de cette opération. Elle renforce Sopra Steria sur le Manufacturing Engineering, l’un de ses métiers d’ingénierie stratégique, et consolide sa position sur le compte Airbus, sans pour autant garantir le renouvellement des référencements dont dépend l’activité, ce qui est un risque. Ils relèvent également qu’elle n’entraîne aucun recouvrement avec les activités existantes du Groupe, ce qui écarte tout risque de doublon pour les 353 salariés en place en France.
Les élus prennent acte de la volonté de la direction de maintenir une entité autonome afin de préserver la continuité de service. Ils constatent que l’opération, modeste à l’échelle du Groupe, ne conduit pas la direction à réinterroger la gouvernance de ses activités d’ingénierie, qui resteraient ainsi intégralement au sein du vertical Aeroline.
Les élus relèvent par ailleurs que le prix payé devrait se situer à un niveau élevé, justifié par une marge d’exploitation supérieure à celle du Groupe, dont la fiabilité reste à confirmer une fois transposée dans les normes comptables de Sopra Steria, et par une croissance attendue soutenue. Or ces hypothèses reposent sur la réalisation effective des synergies, que l’organisation retenue pourrait précisément limiter.
Plus encore, ces synergies, et au-delà de la réussite même du projet, dépendent de la capacité du Groupe à intégrer, à fidéliser ces équipes et à recruter des profils similaires. Il en va de la continuité de production, en pleine montée en cadence d’Airbus, toute défaillance risquant d’entamer la crédibilité du Groupe auprès de son premier client. Il en va également de la sécurisation de compétences spécifiques, absentes du Groupe et difficiles à recruter.
Dans ce contexte, le CSE s’interroge sur la cohérence opérationnelle et sociale que ce soit SSG et non CIMPA qui soit la maison mère de cette nouvelle entité, CIMPA étant plus proche dans les métiers et ayant la même convention collective.
Le risque principal n’est pas industriel à court terme : il est humain, social et d’exécution, car la valeur acquise repose avant tout sur les compétences transférées et leur maintien dans la durée.
Les élus s’inquiètent d’autant plus que ces salariés vivent leur deuxième cession en trois ans. Le plan de rétention paraît limité et concentré sur quelques personnes ; la renégociation de leur statut est renvoyée à l’après-transfert et le plan d’accompagnement du changement n’est pas formalisé. Ils relèvent en outre que certains salariés seront rattachés à des établissements éloignés de leur lieu de travail, sans que les solutions concrètes soient arrêtées, notamment à Méaulte. Les salariés travaillant en Allemagne et au Royaume-Uni seront eux intégrés aux sociétés Sopra Steria locales avec toutes les incertitudes juridiques et sociales qui en découlent. Ils observent enfin que l’accompagnement humain des intégrations n’a pas toujours constitué le point fort du Groupe, ce qui renforce leur vigilance sur ce projet.
Le CSE encourage la direction à mettre à profit le décalage du projet annoncé ce jour pour négocier un accord d’adaptation au sein de DAHER et ainsi rassurer pour 3 ans les salariés repris.
Dans ce contexte, le CSE émet les vœux suivants et que la direction lui fournisse :
- Un tableau de suivi trimestriel des impacts “avant/après” par population, par type de contrat, par classification (cadres/non-cadres), par sites, par métiers WPR/SPEO, par modalités de temps de travail (salariés au forfait jours, salariés à 37 h, salariés au régime 40 h…) et pour les salariés non présents en permanence chez Airbus.
- Une feuille de route des synergies commerciales et productives avec responsables, jalons, volumes attendus, clients visés, marges attendues, risques de non-réalisation et indicateurs de pilotage.
- Un suivi mensuel économique indépendant de cette nouvelle filiale (tableau V2).
- Un suivi mensuel des effectifs pendant les 6 premiers mois puis à un rythme trimestriel, avec taux et raisons de départs sur le périmètre Daher ME, afin de s’assurer que le risque d’attrition ne se matérialise pas et de réagir dès les premiers signaux.
- La communication du plan de rétention avec les mesures chiffrées, par effectifs ciblés, critères d’attribution et modalités de versement, afin d’apprécier la cohérence du dispositif et de s’assurer qu’aucun salarié n’en soit écarté sans justification.
- Des engagements écrits garantissant que les salariés de Daher ME ne seront pas perdants à l’issue de la renégociation des accords, notamment sur la participation, l’intéressement, la rémunération variable, congés payés et RTT, indemnités de repas, primes de toute nature, la protection sociale et le temps de travail.
- Un calendrier et les moyens qui seront mis en œuvre pour le plan de formation associé aux passerelles d’évolution, que les salariés appellent déjà de leurs vœux.
- Un plan d’accompagnement du changement formalisé sur 18 à 36 mois, distinct de la seule adoption des outils du Groupe, intégrant la dimension culturelle (communication, management, écoute individuelle, traitement des irritants, intégration culturelle, formation, mobilité, maintien des compétences critiques), et administrative (reprise des informations familiales, bancaires …).
- Une communication anticipée et personnalisée par site, sans attendre le roadshow de septembre.
- La mise en place et la communication des résultats, à 6 mois puis à 12 mois, d’un sondage des salariés transférés, afin de mesurer leur perception de l’intégration et d’engager, le cas échéant, les actions correctives nécessaires.
- Un organigramme détaillé de la future filiale.
- Une analyse de l’impact de l’opération sur la rémunération collective des salariés de Sopra Steria Group, intéressement et participation (budget complet d’intégration 2026-2027-2028, ventilé entre filiale et Groupe, avec effet sur EBITDA, participation, trésorerie, marge cible et coûts récurrents post-TSA).
- Le rétroplanning des élections professionnelles au sein de la future filiale (PAP, dispositif de vote, date élections 1er tour et 2d tour, résultats).
- Une analyse de l’impact de l’IA par rapport aux différents métiers de cette future filiale.
La présente résolution vaut avis sur le projet de croissance externe concernant le fonds de commerce de la société Daher ME. Conformément à l’article L2312-15 du Code du travail, le CSE attend un retour motivé sur la suite donnée à son avis et à ses vœux. «

